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Les chiffres de la honte

LA LUTTE CONTRE LE CPE MENÉE EN FRANCE nous donne des raisons d’espérer et de penser qu’il est possible d’obtenir des gains importants quand les droits fondamentaux des travailleurs sont en jeu et qu’un mouvement social fort s’unit dans la poursuite d’un objectif commun.

Quand on songe à notre « déchet » de Noël dernier, à notre loi 142 d’amour, on ne peut que se désoler quand on se compare à la France. Et j’avoue avoir eu des pointes d’envie et de jalousie devant le spectacle de ces foules qui s’amassaient dans les rues françaises.

Y aurait-il, chez nous, une cause commune capable de nous rassembler et dont tous les travailleurs se sentiraient solidaires. J’en vois une la hausse du salaire minimum.

Le salaire minimum et l’IPC

C’est que le salaire minimum au Québec, depuis trop d’années, est indécent. Il l’est parce qu’il ne permet pas à une personne qui travaille 40 heures par semaine de vivre au-dessus du seuil de pauvreté. Considérez le tableau suivant.

On constate que de 1987 à 1998, à l’exception de l’année 1991, le salaire minimum a connu des hausses supérieures ou équivalentes à l’indice des prix à la consommation(IPC). Pour 1995 et 1996, le salaire minimum a même connu des hausses nettement supérieures aux hausses de l’IPC.

Pour 1999 et 2000, cependant, il n’y a eu aucune augmentation du salaire minimum ce qui signifie une baisse de revenu pour un travailleur au salaire minimum. Ces années-là, l’IPC a augmenté de respectivement 1,5% et 2,4% un travailleur qui a la même somme pour couvrir des frais qui ont augmenté est plus pauvre qu’avant par définition. De 2001 à 2005, enfin, l’augmentation du salaire minimum a été ou inférieure à l’IPC ou bien à peine équivalente.

Le salaire minimum et le PIB

Si on utilisait le Produit intérieur brut (PIB) comme variable pour ajuster le salaire minimum, qui est un indicateur de la santé économique d’une entité, on peut constater là aussi que le salaire minimum n’a pas suivi au cours des dernières années. Depuis 1997, à l’exception de 2001, le salaire minimum a connu des augmentations inférieures à la croissance du PIB. Pourtant les salariés contribuent à la croissance de la richesse, mais ils ne reçoivent pas leur juste part.

Ceux qui sont contre la hausse du salaire minimum vous diront typiquement que ce sont des étudiants et des employés à temps partiel qui, pour la majorité, travaillent au salaire minimum et qu’ils n’ont pas des besoins aussi grands qu’un travailleur régulier.

Il y a quelque chose de juste à vouloir déterminer le revenu selon le besoin. Mais si on acceptait ce raisonnement, il faudrait aller jusqu’au bout et se demander, par exemple, quels sont donc ces besoins si grands de ces personnes qui constituent les 20% les plus riches de la population pour justifier le niveau de leurs revenus ? Je doute que cette conclusion soit au goût de ceux qui veulent maintenir un salaire minimum maximalement bas..

Salaire minimum et seuil de pauvreté

Actuellement, le salaire minimum est de 7,60$, ce qui donne pour une personne travaillant 40 heures par semaine, un revenu annuel de 15 808$.

Le seuil de faible revenu, qui est une des mesures qui peut être utilisée comme mesure du seuil de la pauvreté, se situait entre 15 928$ et 20 337$ pour les régions urbaines en 2004.

Si on prend la valeur supérieure de cette fourchette de revenu, le salaire minimum devrait se situer autour de 9,78$ de l’heure.

Je propose donc à nos centrales syndicales, à tous les syndicats, à tous les syndiqués et à tous les travailleurs de s’unir pour obtenir une hausse du salaire minimum à 10$ de l’heure, ce qui donnerait un revenu minimal annuel de 20 800$.

Depuis l’odieuse loi 142, nous n’avons pas eu l’occasion de crier notre mécontentement devant le refus du Gouvernement de négocier de bonne foi. Nous avons été à même de constater notre peu de poids politique. Donnons-nous une occasion de refaire nos forces, de reconstruire notre pouvoir politique. Donnons-nous une cause commune. Je propose la hausse du salaire minimum. Je propose de reprendre le combat où il a été laissé par la Marche des femmes, qui avait vu juste sur l’importance de cet enjeu.

CHANTAL SANTERRE

N.D.L.R. : Au moment d’aller sous presse, on vient de porter le salaire minimum à 7,75$, ce qui n’infirme nullement le présent article.



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