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Le merveilleux monde des comptables et autres experts
Le respect à la carte

Voici la définition de « respect » telle que copiée du site ouaibe d’un sondage initié par la firme d’experts-conseils KPMG afin de rendre hommage aux « sociétés les plus respectées du Canada » : « La notion de « respect » est difficile à définir, tellement elle est vaste. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le sondage mesure le respect dans diverses catégories, entre autres, les résultats financiers, la gestion des ressources humaines, l’innovation et le développement de produits et services, la responsabilité sociale, la haute qualité des produits et services, le service à la clientèle, la gouvernance d’entreprise, la valeur intrinsèque à long terme. » (http://www.mostrespected.ca)

À part la « responsabilité sociale » qui doit se résumer à des dons déductibles d’impôt pour des organismes charitables, aucun autre aspect du respect ne semble figurer dans les critères de KPMG. D’ailleurs, le classement des entreprises les plus respectées pour 2003 est fortement révélateur à ce sujet :

1. RBC Groupe Financier (Banque Royale du Canada) 2. WestJet Airlines Ltd. 3. BCE Inc. (Bell Canada Entreprises) 4. Les Compagnies Loblaw limitée 5. Bombardier Inc. 6. Research in Motion Ltd. 7. Banque de Nouvelle-Écosse 8. EnCana Corporation 9. BMO Groupe financier 10. Magna International Inc. 11. La Société Canadian Tire Limitée 12. Suncor Energy Inc. 13. Banque canadienne impériale de commerce 14. Four Seasons Hotels and Resorts 15. La Financière Manuvie 16. Dofasco Inc. 17. Wal-Mart Canada Corp. 18. Groupe financier Banque TD 19. GE Canada Inc. 20. Microsoft Canada Co. 20. Compagnie des chemins de fer nationaux (CN) 21. Nortel Networks Limited 22. IBM Canada Limitée 23. Enbridge Inc. 24. TransCanada PipeLines Limited 25. Petro-Canada

À peu près toute la racaille du système capitaliste y figure : des banques, des pétrolières, des compagnies d’assurance, des vendeurs de téléphonistes et même le summum de l’entrepreneuriat associatif, Wal-Mart. Comme dans plusieurs autres cas, sur les conseils d’administration de ces entreprises, des liens étroits se tissent : à titre d’exemple, sur le CA de RBC Groupe financier, compagnie financière qui possède une dizaine d’entités dans des paradis fiscaux pour mieux éviter le système fiscal canadien, on retrouve des gestionnaires de IBM, de EnCana et de Four Seasons Hotels.

Pas étonnant qu’avec autant de respect, on arrive à des scandales financiers comme ceux de Enron, de WorldCom et de Parmalat. Et que ceux et celles qui pensent que ce système n’est pas généralisé, légalisé et endossé par les « élites » politiques et financières fassent le test de choisir une compagnie au hasard afin de trouver leur rapport annuel. On retrouve généralement ces rapports dans la section « investisseurs » des sites ouaibe de ces entreprises. La liste du conseil d’administration figure généralement à la fin du rapport annuel. En décortiquant le CA, vous y retrouverez les noms des administrateurs siégeant sur ce conseil. Vous serez à même de constater que le monde est drôlement petit chez ces gens mais que leurs agissements (et/ou leur inconscience ?) peuvent mener à des scandales d’une grandeur sans borne.

La privatisation par les bombes

Il est bon de se souvenir que KPMG a fondé la firme de consultants Bearing Point, une entreprise très active dans la « reconstruction » de l’Irak. En fait, « le Wall Street Journal a révélé, début mai, que la réalisation d’un plan secret américain intitulé "Pour que l’économie irakienne passe de la renaissance à la croissance continuelle" avait été confiée à Bearing Point Inc. » (source : http://mrc-france.org/a461). En bref, le plan propose qu’après avoir détruit toutes les infrastructures privées et publiques par les bombes, les firmes étrangères, principalement étasuniennes et britanniques, se présentent en sauveur et reconstruisent le tout avec beaucoup d’argent public en prenant bien soin d’en garder le contrôle. Voilà une façon unilatérale de tout privatiser sans même avoir à négocier d’accord ou à organiser des sommets.

Avec des entreprises aussi « respectueuses », on se demande si les mots veulent encore dire quelque chose pour les comptables et les autres crosseurs en veston-cravate au service des maîtres du monde.

Martin Petit



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