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Qui veut encore des Couacs sur papier ?
Réflexion sur l’avenir de ce journal.

J’écris ce texte en toute hâte jeudi matin le 22 mai, moins de 24 heures avant d’aller sous presse. Je l’écris du bureau, sur mon temps de travail rémunéré, tout en corrigeant par ailleurs la maquette fort peu avancée et pas encore passée en révision orthographique, chose qui aurait dû se faire hier. Cette petite mise en contexte est destinée à mieux vous faire comprendre la question qui me taraude l’esprit depuis plusieurs mois : qui veut encore des Couacs sur papier ? Autrement dit, qui veut encore, en 2014, d’un mensuel satirique indépendant format journal à l’heure des tablettes numériques et des téléphones intelligents, à défaut de certain.es de leur utilisateurs-trices. Ben quoi, on est encore au Couac, non ?

Oui, mais pour combien de temps, c’est un peu ça la question ? Vous savez que les quelques médias indépendants du Québec fonctionnent à l’huile de bras, avec des budgets infimes quand tout le monde n’est pas carrément bénévole comme au Couac. Ce n’est pas comme certains magnats de la presse québécoise qui peuvent se péter la gueule à vélo, se ramasser à l’hosto pour des semaines, et voir ses torchons continuer à brainwasher quotidiennement la moitié du Québec. Non. Nous, suffit qu’un collaborateur attrape une petite grippe, qu’une collaboratrice ait un rush à la job, ou qu’une jeune journaliste tente bien légitimement de gagner sa vie avec son boulot en partant un nouveau média indépendant web qui pourrait éventuellement la rémunérer (http://www.ricochetmedia.ca ) pour que la sortie du prochain Couac se trouve compromise.

Alors on pédale comme ce matin en se disant qu’il y a encore du monde qui appelle quand leur Couac a quelques jours de retard, preuve qu’il a encore une grande importance pour certaines personnes. Mais pour combien ? Et à quel prix ? En ce qui me concerne, ça fait 14 ans que j’écris dans ce journal et 12 que je le co-coordonne. Des années qui ressemblent à un long tour de montagnes russes, avec des bons et des moins bons numéros, des amitiés durables et des petites chicanes d’egos, des fous rires malades mais aussi des creux désespérants. La vie, quoi. Mais là, parlant de la vie, j’entame l’année de mon demi-siècle et je me dis qu’il serait temps de passer le flambeau. Je me le dis depuis une couple d’années d’ailleurs. Mais on a ses habitudes, le Couac et moi, c’est un peu comme un vieux couple : pas facile de se séparer…

En fait, j’ai toujours autant de plaisir quand mon Couac arrive de l’imprimeur et que je l’ouvre, me rappelant comment c’était pas grand-chose une semaine avant et comment chaque coup de gueule, chaque brève cinglante, chaque réflexion de fond de tous ces gens réunis en un numéro grâce à nous forme quelque chose de plus grand que la somme de chaque petite contribution, quelque chose de collectif et donc, de nos jours, de subversif. Et s’il y a quelque chose dont cette époque a besoin, c’est bien d’un peu de subversion. Mais voilà, on en arrive à un point où, par manque de participation pour toutes les bonnes raisons évoquées ci-haut, le seuil inférieur de la qualité minimale que nous devons à nos lecteurs et lectrices est près d’être atteint. Et l’on ne peut évidemment pas, en toute conscience, aller en dessous de cela.

Voilà donc ce dont je voulais vous parler, camarades. Car ça fait plusieurs mois qu’on fait des appels à contribution, et surtout pour la co-coordination où l’on doit rouler à trois pour ne pas se brûler, et peu de sang neuf s’est réellement manifesté. Or depuis quelques mois on roule à deux coordos, ce qui n’est pas viable à long terme. Et comme je l’ai dit, ayant déjà commencé à remplir ma case bénévolat ailleurs (à www.upopmontreal.com , autre beau projet, pour ne rien vous cacher), je suis en train de faire un fade in / fade out entre le Couac et cette nouvelle activité. Il faut donc trouver rapidement deux personnes capables de coordonner à brève échéance un journal. Plus quelques nouvelles plumes, ce qui ne ferait pas de tort non plus.

En 1998 quand j’achetais le Couac et que je le dévorais d’un couvert à l’autre, c’était ma seule source d’information « différente » que je pouvais trouver et où je me retrouvais. Où j’avais cette impression que c’était peut-être pas moi qui était fou mais la société qui, par ses grands médias interposés, m’éclaboussait quotidiennement des vomis de Pratte ou de Gagnon. Aujourd’hui, je ne touche presque plus au papier, surfant sur la Toile où je crache mon venin comme bien du monde sur Fb et sur www.rezomedia.info et où je lis nombre d’ancien.nes couacquistes qui tiennent un blogue ou autres sites webs.

D’où ma question, j’y reviens toujours : qui veut encore des Couacs sur papier ?

Dans l’attente, comme y disent, d’une réponse favorable,

BRUNO DUBUC



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