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Mairie de Montréal
Une belle gang de légumes

En prévision de la récolte automnale du 3 novembre prochain, le club maraîcher du Cercle de botanique politique Smith-Gagnon prodigue ici quelques conseils qui, à défaut d’être municipaux, tenteront sur le terrain du jardin de séparer le bon grain de l’ivraie.

Car depuis que le pommier magistrat de la ville de Montréal a chuté dans un grand Baum !, de nouveaux espaces se sont ouverts dans le potager et les discussions vont bon train pour choisir une nouvelle grosse légume à planter à sa place. On connaissait les racines immobilières de l’arbre fruitier, on savait son tronc putréfié de l’intérieur depuis des années, mais ce n’est que tout récemment, pour 14 raisons plutôt qu’une, qu’on l’a abattu en espérant qu’il ne retigera pas. Car on connaît la propension de cette famille végétale à séduire les jardiniers inexpérimentés, d’où leur surprise d’avoir vu l’arbre tomber, comme le rapportait un certain Navet satirique mais poli. Ils avaient ainsi toléré avant lui une bouture de la même engeance qui avait pendant des années donné de grosses pommes bien lisse à l’extérieur mais bien pourries à l’intérieur.

Parmi les candidat.e.s évoqué.e.s pour occuper l’espace vacant, il est une espèce qui s’est imposée d’elle-même parce que c’en est une très invasive et endémique à notre paysage politico-légumineux. La nature ayant horreur du vide, c’est comme si elle s’était évertuée à faire le plus de plein possible avec ce vide. Cela a donné ce melon bien rond, la pastèque amère familière (Coderrus denis), qui envahit la moindre parcelle télévisuelle laissée en jachère. Elle peut bien sûr sembler constituer un rapport qualité prix avantageux pour le jardinier mal informé. Après tout, elle pousse partout presque tout seul et attire sur elle d’autres plantes épiphytes qui, comme lui, ont un grand besoin de se retrouver sous les feux du soleil médiatique. Mais attention, ce serait oublier que cette symbiose apparemment harmonieuse produit des sécrétions toxiques au cœur même de la pastèque (d’où son amertume). La chaire rose et appétissante du Coderrus denis révèle alors sa véritable nature une fois récoltée : infecte et nauséabonde.

Que dire alors de ce que d’aucuns présentent comme un hybride horticole prometteur, fruit chimérique d’une fécondation apparemment contre nature, celle de deux vieilles espèces rustiques de cucurbitacées, la courge française (Harelus louisis) et le concombre anglais (Marcelus cotis). Qu’espérer d’un tel OGM ? Si l’on considère les gènes transférés à la pauvre plante, rien de bon malheureusement. Par exemple, ceux d’un chou-fleur dont la fadeur n’a d’égal que la procédurite virale qui le gangrène depuis des décennies (Rotrandus marvis), ce qui n’augure rien de bon pour la fraîcheur de la cucurbitacée envisagée. Il sera donc pour le moins hasardeux de faire gober au ou à la jardinière un tant soit peu avisé.e que cette Union présentée avec Vision donnera quelque chose de non vénéneux, voire de simplement comestible.

La tentation sera forte alors de se rabattre sur une jolie poire pour ses formes et sa blondeur (Jolius melanis). Mais gare aux apparences : un avocat peut aussi avoir la forme d’une poire, et son goût celui d’un milieu souvent qualifié de véreux. Et de fait, notre jeune pousse aurait, à ce jour, montré plus d’affinité avec le guacamole qu’avec une poire belle Hélène au niveau des idées. Identifiée en 2008 par le frère Marie A. Lepage, tout le monde en parle depuis qu’elle a cofondé et confondu un groupe appelé Génération d’idées. À chercher les siennes (genre, offrir à Montréal non un programme ou une équipe, mais son « leadership »…), on se prend à espérer la véracité de la génération spontanée.

Que reste-t-il alors dans le semis ? Eh bien, une pousse d’épinards verdoyants (Bergeronus richardis). Certes, ce n’est pas le légume que les enfants et autre jardiniers post-Bourquas apprécient le plus. On accuse les feuilles de B. richardis de ne point avoir le croquant d’une laitue romaine ou le goût sucré d’un poivron rouge bien mûr. Mais l’apprenti maraîcher gagnerait à mieux connaître l’humble richardis. D’abord c’est l’un des légumes les plus riches en fer, sous une forme jusqu’ici encore inoxydable. Et puis son mode de germination favorise un enracinement profond dans le milieu, chose qui fait souvent défaut aux légumes précédemment cités à qui un boostage aux hormones médiatiques confère une montée rapide mais superficielle. Enfin, et c’est sans doute ce qui importe le plus, le B. richardis s’accompagne d’une foisonnante microflore aux nombreuses vertus détoxifiantes pour l’organisme montréalais : baisse de la dépendance à l’auto-toxique, stimulation du système de transport immunologique en commun, rétention des jeunes familles organiques par un travail rénal de logement abordable potentialisé, verdissement généralisé découlant de son haut taux de chlorophylle, et j’en passe.

Pour toutes ces raisons, le club maraîcher du Cercle de botanique politique Smith-Gagnon recommande donc l’implantation d’un Projet à base de Bergeronus richardis pour que la métropole. Et espère que tel un Popeye lessivé par les administrations passées, Montréal trouvera ainsi une canne d’épinards vivifiante à sa portée.

LE CERCLE DE BOTANIQUE POLITIQUE SMITH-GAGNON



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