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Question autochtone
Fini le malaise ?

An-anti-anticolonia-l i s- te ! », « An-anti-anticolonia-lis-te ! » scande une manifestante le 11 janvier dernier dans les rues de Montréal. Quelle ironie, alors que nous sommes directement visé·es par ce cri du coeur. Carrés et plumes rouges s’unissent, dans l’adversité et le paradoxe, mais également dans l’espoir du changement pour « en finir avec l’apathie ».

Le mouvement Idle No More des dernières semaines, autour de la revendication des droits des autochtones auprès du gouvernement fédéral, génère un engouement auprès de la société civile, qui monte aux barricades dans les rues de toutes les métropoles du pays. Même les organisateurs-trices semblent dépassé-es par l’ampleur du phénomène.

Nos ancêtres les premiers.

« Ça fait longtemps qu’on revendique nos droits, mais on dirait que ça prend ça - des manifestations – pour qu’on soit entendus », confie Dolores André, venue à Montréal avec une petite délégation innue de Caniapiscau, proche de Schefferville. Dolores est contente du mouvement, et espère que ce n’est qu’un début, mais on sent la déception de voir que sans l’appui des « blancs », les combats des autochtones restent dans l’ombre depuis longtemps. Même alors que le mouvement continue et est connu des médias, ces derniers s’expriment peu sur ce conflit.

Les médias, experts et analystes, qui s’expriment d’habitude toujours sur tout, semblent mal à l’aise de se prononcer sur le sujet. En effet, le malaise est perceptible, notamment à travers les médias. Les analystes, pourtant si prompts à commenter les Occupy, printemps érable et autres (sans avoir jamais mis les pieds dans une manifestation ou une assemblée étudiante), n’osent pas trop s’avancer pour tenter d’explique ce qui se passe. Parler des « indiens », ce tabou de société, qui implique un malaise constant, une grande complexité, une incompréhension et une ignorance de leur réalité, aucun-e ne veut s’y mouiller. Les commentaires sont peu nombreux, les analyses, en surface, quand il y en a.

Il faut dire que même parmi les peuples fondateurs, le débat ne semble pas tout à fait clair. Les différents peuples ne sont pas d’accord sur les stratégies à adopter, du blocage des barrages aux grèves de la faim, et les revendications, parties d’une opposition au projet de loi C-45 des conservateurs, puis d’une action organisée par des femmes autochtones ontariennes, ne semblent pas être clairement définies.

Un hiver indien ?

Suivant les relents du printemps étudiant, Idle No More se répend « coast to coast », sous-estimée dans la mobilisation que le mouvement soulève, et imprévisible. Comme le printemps étudiant, le gouvernement, fédéral cette fois, refuse le dialogue. Comme le printemps, le mouvement Idle No More est incarné par une figure de proue ; Theresa Spence, cheffe de la nation Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, avec sa grève la faim, même si le mouvement tient à différencier son combat du sien.

Appuyer les autochtones et se lever pour leur « souveraineté » semble naturel. Mais il est triste de se dire qu’il aura fallu des Occupy et des printemps étudiant pour soulever les passions pour les peuples autochtones, qui, depuis qu’on les a isolés dans des réserves lointaines, qu’on les a dépouillés de toutes leurs ressources et de leur culture, qu’on leur a enlevé et maltraité leurs enfants, se battent sans relâche pour reprendre leurs droits. Droits acquis, mais bafoués maintes fois, dans la plus totale indifférence. Mieux vaut tard que jamais pour maintenant les soutenir.

« Nous sommes des humains comme tout le monde dans le fond. Pendant des années, on nous a caché·es dans des réserves, il est maintenant temps de se montrer ». Et peut-être justement, à cause de ce tabou autochtone, il semble aujourd’hui le temps « d’être uni et de se tenir debout pour la souveraineté autochtone », confie Dolores André.

Anne Baumier, bénévole pour le festival de la paix de Victoriaville, confie qu’elle croit bien « que ça lui fait peur, à Harper, de voir qu’on se soulève. Mais au contraire, il devrait être rassuré, parce qu’on se bat pour la terre sur laquelle il vit. Et indéniablement, la démocratie va gagner ».

De leur aveu même, les organisateur-trices de Idle No More sont étonné·es de l’ampleur du courant qu’ils et elles ont créé, d’un bout à l’autre du pays. Est-ce le début de quelque chose ? L’hiver sera-t-il à l’image de ce qu’ont été les levées de bouclier du printemps ? Difficile à dire.

Est-ce que de marcher à leurs côtés nous déculpabilise du sort que nous leur avons réservé ? Probablement, et tant mieux. Mais espérons que Idle No More est véritablement le début d’un dialogue, d’une ouverture et d’une reconnaissance de l’existence et des droits de ceux et celles qui étaient là bien avant nous, et de ceux et celles dont nous découlons toutes et tous un peu.

GABRIELLE BRASSARD-LECOURS



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