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Néolibéral et fier de l’être
Le seul budget possible

Contrairement à ce que vous croyez, chers gauchistes, c’est le seul budget que Nicolas Marceau pouvait déposer. Peut-être que certain-es pensent encore qu’il s’agit d’un premier pas, qu’il fallait bien passer par là, mais que demain arriveront les lendemains qui chantent. Qu’en fait c’est par obligation qu’il a déposé un budget si peux enthousiasmant, dans la lignée de ses prédécesseurs libéraux. Pourtant, il faut être particulièrement imaginatif pour voir dans la présentation du ministre des finances quelques paroles qui le présentaient comme contrit lors de son dépôt. Au contraire, le ministre était fier, très fier de lui.

Fier du déficit zéro

Il a fallu faire quelques petites pirouettes, notamment avec Gentilly, mais Nicolas Marceau à réussi à sauter dans le cerceau, il a rééquilibré le budget de l’État. Quand vous lisiez la plateforme électorale péquiste, vous n’aviez pas noté le petit astérisque à côté de la promesse du déficit zéro qui menait à une note mentionnant : « Cette promesse compte plus que toutes les autres et pourrait donc nous porter à les annuler ». Bien sûr, elle n’y était pas textuellement, mais dans votre tête elle devrait être gravée depuis toujours. Quand on voit ces mots on doit le savoir, rien d’autre ne tient.

D’ailleurs dans les années à venir, si une croissance famélique mettait en danger l’équilibre budgétaire, vous verrez que le peu qui a été annoncé tombera aussi. Il nous l’a dit notre bon ministre, on doit être fier d’arriver au déficit zéro avant tout le monde, le parti québécois est le parti du déficit zéro : la fierté ça passe avant tout.

L’entreprise d’abord, oui

Oui, d’accord pour atteindre le déficit zéro, il faut non seulement faire des compressions budgétaires plus drastiques que celles qu’on avait annoncé dans ses engagements électoraux (2,4% de croissance des dépenses) et même plus basses que celles proposées par les libéraux en élection (2,0%) pour les amener à 1,8%. Oui, bien sûr, à cause de ça il faut notamment couper 10M$ dans le budget du ministère des transports dont tout le monde dit qu’il a besoin d’expertise pour sortir du cercle vicieux de la corruption. Bien sûr, indexer les prestations d’aide sociale, bien sûr régler les crises du logement de la Côte-Nord et de l’Abitibi, manger et se loger décemment : tout cela peut attendre à l’après déficit zéro.

Par contre, ce qui presse, ce qui urge, c’est d’offrir des crédits d’impôts aux entreprises. Oui, bien entendu, on constate une hausse soutenue des bénéfices des sociétés depuis la crise de 2009, atteignant leur sommet en dix ans cette année à presque 30 G$. Oui, bien sûr, le taux effectif d’imposition de l’investissement atteindra un plancher historique (15,9 % au Québec et 18,3 % au Canada alors que la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 20,4 %). Et malgré tout cela on se sent obligé de leur faire plus de cadeaux encore parce qu’elles n’investissent toujours pas plus dans l’économie réelle, préférant accumuler des devises pour éventuellement les jouer sur les marchés financiers.

L’abondance des « actifs liquides » détenus par les grandes entreprises en vient à représenter plus de 28 % du PIB canadien, bien que les investissements non financiers de ces mêmes entreprises ne représentent pas plus que 11 % du PIB. Ça fait dix ans qu’on leur offre plus de cadeaux et que ça ne fait pas augmenter l’investissement, qu’importe : continuons !

Direction : le Nord, toujours le Nord

Vous vous rappelez du « Plan de marketing libéral du Nord » que raillait quotidiennement Martine Ouellet ? Eh bien il lui est arrivé la même chose qu’à la « Taxe santé libérale ». Alors que l’une devenait la « Gentille contribution santé péquiste », l’autre se transforme en : « Joli Plan de développement du Nord Québécois avec des oiseaux qui font cui-cui et des belles mines qui vont nous donner plein d’argent ». On va demander aux entreprises de participer à la construction des infrastructures. Peut-être qu’on va demander plus d’argent aux minières, mais certainement pas tout de suite et certainement moins que ce qu’on avait promis.

Et là, soudain, nous revient en tête le gros gars avec son casque jaune des pubs péquistes qui disait : « C’est tout ce qui nous reste !? ». Et on se rend compte que c’était à prendre comme une annonce plutôt que comme une dénonciation. L’environnement, les gaz à effet de serre et la pollution, pas besoin de mettre d’argent là-dedans, vous en faites pas tout ira bien. De toute façon, faut développer notre pétrole nous aussi et si on peut passer un pipeline ici pour raffiner du pétrole albertain : eh bien pourquoi pas.

Ce budget Marceau était le seul possible, non pas parce que les banquiers tenaient le crayon de ministre, simplement parce qu’il adhère aux idées qui en font la structure fondamentale, comme Raymond, Monique, Yves, Pauline et Bernard avant lui.

Simon Tremblay-Pepin et Philippe Hurteau, chercheurs à l’IRIS



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