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Le G8 vaut-il le déplacement ?

Alors que le G8 tenu à Heleigendamm en Allemagne se ferme sous le signe de la bonne entente généralisée sur le climat et l’Afrique, on peut se poser la question de l’importance de ces réunions et de la pertinence d’aller y manifester.

Qu’est-ce que le G8 ? Créé en 1975 par le président français Valérie Giscard d’Estaing le G8 a commencé par réunir six grands chefs d’État (donc un G6) au château de Rambouillet pour discuter « autour d’un feu » des affaires du monde. L’année suivante ils ont eu la bonne idée d’y inviter Trudeau ce qui faisait un joyeux luron de plus avec Aldo Moro et Gerald Ford qu’on imagine déjà comme de sacrés farceurs. Ce premier G7 était organisé par les Etats-Unis... à Porto Rico. En 1998, le regretté Boris Elstine a été jugé un buveur suffisamment solide pour être admis dans le groupe et pour rejoindre ses amis Chrétien, Chirac et Clinton au premier G8 tenu Birmingham.

Avec le temps, les médias ont développé un traitement de cet événement et on assiste maintenant à des déclarations finales, à de l’information qui coule, à des rumeurs sur les négociations entre les différents chef d’États, etc. En fait, toutes les discussions se tiennent à huis-clos et personne ne sait vraiment ce qui s’y déroule. À la limite, il pourrait n’y être question que de la température de chaque pays ou de la qualité des repas qu’on y sert que nous n’en saurions rien.

Contre le G8 Vers la fin des années 90 et au début des années 2000 (particulièrement avec le G8 de Gênes en 2001), une nouvelle tradition semble s’établir en parallèle du G8 : les manifestations contre sa tenue. En effet, avec les sommets de l’OMC et ceux tenus à Davos, les rencontre du G8 sont une représentation du genre de mondialisation que les altermondialistes veulent combattre.

Le G8 est particulièrement odieux à toute personne qui lutte contre l’impérialisme. Il s’agit d’une rencontre organisée sans mandat ni représentation claire dans une instance inexistante démocratiquement et qui mène à des effets bien réels dans la politique internationale. Ce groupe des puissants n’est justement qu’une démonstration de l’arbitraire du pouvoir et de la démesure de représentants élus qui se prennent pour le cartel présidant au destin d’un empire mondial.

Est-ce vraiment le cas ?

Serait-il possible en fait que le G8 ressemble en tout point à une cour royale sans en détenir le pouvoir ? Si on jette un œil aux rencontres précédentes de ce fameux sommet peut-on vraiment dire qu’elles sont parvenues à modeler la politique internationale ? Ne pourrait-on y voir en fait qu’une simple politique de « gentleman’s club » (où l’on accepte parfois une femme) où il y a « concertation » certes, mais pas de décision.

Les nouveaux habits de l’empereur Regardons, par exemple, les événements majeurs de Heleigendamm : il n’y a aucune date, aucune quantité précise et aucun véritable projet de traité pour l’entente sur le climat. Du côté des 60 milliards pour les maladies africaines, Oxfam, Action-AIDS et UNAID (qui ne sont pas reconnues pour être des organisations radicales) ont déjà signalé que le montant était insuffisant et qu’il s’agissait d’une vieille promesse jamais tenue. Dans le cas du bouclier anti-missile, il est d’ailleurs plus question d’une « proposition » de Poutine que d’un accord réel. Les véritables décisions, les vrais gestes seront donc posé au niveau national ou dans les structures internationales (ONU, OMC, BM, FMI).

En plus de ne pas prendre de véritable décision, on peut douter que le G8 compte parmi ses membres les pays qui sont réellement les plus importants au niveau de la géopolitique actuelle. Où sont, par exemple, les « émergeants ». Des quatre pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) que Goldman Sachs désignait en 2003 comme les pays qui domineraient l’économie mondiale d’ici 2050, seulement la Russie est présente. De tous les continents en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, on invite parfois quelques présidents Africains pour prendre le thé et pleurer sur le sort de l’Afrique. Le G8 procède d’une vision du monde qui ne reflète pas les différentes puissances qui sont réellement en présence.

On pourrait donc voir chaque conférence du G8 comme l’empereur du comte d’Andersen présentant ses habits neufs à son peuple. Le pouvoir du G8 ne tient que dans le rituel qui y est pratiqué et non dans la réalité d’un exercice de prise de décision. En dépensant des sommes importantes et beaucoup d’énergie à aller protester contre ce pouvoir, le mouvement altermondialiste renforcerait-il l’aveuglement de nos concitoyens quant à la nudité de nos empereurs ? Pire, en les transformant en manifestants violents et enragés l’empereur ne renforcerait-il pas sa capacité à en faire des ennemis de plus en plus importants et à rallier l’appui de l’opinion publique qui rejette presque systématiquement les gestes de violence ?

Il est essentiel pour le mouvement altermondialiste de trouver une direction, un objectif. Il y aura des rencontres du G8 à chaque année, notre stratégie est-elle d’y manifester pour le prochain 20 ans, probablement dans une escalade de répression ? Avons-nous un objectif à long terme qui nous permettra de souligner nos succès lorsque nous en avons ? Serait-il possible, par exemple, de mieux utiliser la couverture médiatique de ces manifestations ? Nous pourrions mettre de l’avant certains leaders (ou certains groupes) du mouvement altermondialiste qui pourraient répondre à ceux qui prétendent gouverner le monde. Mieux encore, nous pourrions commencer à proposer des alternatives...

SIMON TREMBLAY-PEPIN



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