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Le PQ, rémission ou phase terminale ?
Quel avenir pour Pauline Marois ?

François Cyr, enseignant en science politique à L’UQAM

Eric Martin, candidat à la maîtrise en science politique à L’UQAM

La crise qui secoue actuellement le Parti Québécois a donné l’occasion à plus d’un opportuniste, à gauche comme à droite, de déclarer la mort du Parti Québécois, quand ce n’était pas carrément celle de l’idée d’indépendance elle-même. Or, qu’en est-il ? N’est-ce pas plutôt la mort d’un projet provincialiste-gestionnaire dont tout le monde, Pauline Marois en tête, devrait prendre acte ?

Dès lors qu’André Boisclair eût démissionné, les éditorialistes libéraux, les nationalistes conservateurs et les adversaires de l’indépendance, Stéphane Dion en tête, ne se sont pas gênés pour proclamer que le PQ était en phase terminale, et que cela traduisait l’agonie de l’idée d’indépendance, voire celle d’une génération politique.

Pourtant, ce parti, déjà été enterré à plusieurs reprises, tantôt par les experts, tantôt par les idéologues, a toujours montré une étonnante capacité de se refonder. Il faudrait se garder de faire verser encore une fois dans la surinterprétation : le PQ est affaibli, mais il est encore loin d’être moribond.

La tentation de réduire la crise du PQ à une crise de leadership résultant de l’incompétence d’André Boisclair est forte. Le phénomène du vedettariat et de la personnalisation médiatique y contribue tout autant que le caractère forcément « bonapartiste » et messianique qui est attendu de tout leader nationaliste.

Il faut ajouter à cela une tendance rempante de l’analyse politique contemporaine à se replier dans un subjectivisme impressionniste qui laisse dans l’ombre les problèmes plus structurels.C’est ce même subjectivisme qui tend à ramener chaque problème que connaît ce parti à une tension entre modérés et « purs et durs », oubliant d’analyser les racines de la crise.

Dès 2003, le parti voit sa base déserter, particulièrement les jeunes. Entre Davos et Porto Alegre, le PQ n’a pas choisi son camp, laissant le projet social se diluer dans un libre-échangisme insipide. La réduction de l’indépendance à une affaire de déséquilibre fiscal ou de points d’impôts à rapatrier traduit elle aussi le recul de l’idée d’indépendance au profit d’un provincialisme gestionnaire, résultant de la domination constante du parti de gouvernement affairiste sur le sur parti-mouvement et sur le parti-idée.

Cela entraîne bien sûr des problèmes de pédagogie politique sur les enjeux identitaires, et le repli vers une position de nationalisme conservateur proche de l’autonomisme adéquiste. Les secteurs les plus militants, constamment floués par leur chef, en arrivent à tout focaliser sur une fausse police d’assurance : la rapidité de la tenue d’un référendum.

Il est important pour la gauche d’étudier et d’écouter ce qui se trame actuellement au Parti Québécois. L’indépendance est en effet une idée trop importante pour conclure qu’elle peut être emportée dans l’oubli par le seul soubresaut d’un parti politique, qui pourrait d’ailleurs se relever rapidement sous la houlette de la gauche social-démocratisante proche de Pauline Marois.

Tout ce beau monde devrait plutôt constater l’échec de la « tactique Boisclair », c’est-à-dire, la tentative de monopoliser la question nationale tout en niant l’existence d’un gauche autonome (Québec Solidaire), envers laquelle le PQ n’a montré que la fermeture la plus totale depuis sa fondation il y a un peu plus d’un an. Boisclair avait préféré chasser sur les terres de l’ADQ, espérant cueillir les fruits du populisme de droite et neutraliser son flanc gauche. Cela n’a bénéficié qu’à « l’équipe » Dumont.

La gauche doit tirer deux leçons principales de cet échec. D’abord, le départ d’André Boisclair signale l’impasse du provincialisme gestionnaire, du néolibéralisme et de l’autonomisme qui ont caractérisé le PQ des dernières décennies depuis le « beau risque ». L’entourage de Mme Marois devrait en prendre acte.

En second lieu, si l’on admet que l’indépendance soit autre chose qu’un fond de commerce avec lequel on assure sa réélection perpétuelle, il faut reconnaître que cette idée, pleine de sa charge émancipatrice politique et économique originelle, en appelle avant tout à la souveraineté populaire et qu’il appartient aux partis politiques qui disent encore la porter de tout mettre en oeuvre pour que celle-ci s’exprime sans tarder. En effet, au-delà des questions techniques, c’est sur la nécessité et les finalités de l’indépendance qu’un débat de fond s’avère urgent.


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