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Pays basque : terrorisme de l’ETA et terrorisme d’État

Attentat à Madrid et fin du processus de paix

Le 30 décembre 2006, un attentat à l’aéroport international Barajas à Madrid causait la mort de deux Équatoriens et blessait une quinzaine de personnes. Quelques jours plus tard, par la voie d’un communiqué publié dans le journal basque Gara, l’ETA revendiquait l’attentat.

Des Basques désirant conserver l’anonymat croient cependant que cet attentat ne signifie pas que l’ETA met fin à la voie du dialogue avec l’État espagnol, ni qu’elle ait choisi de reprendre les armes. Il s’agissait plutôt de dénoncer le manque d’engagement de la part du gouvernement de Madrid dans le processus de paix, ainsi qu’une réponse à la répression policière et judiciaire exercé au pays basque. Malgré tout, au lendemain de cet attentat, le président socialiste, José Luis Rodríguez Zapatero, annonçait la fin du processus de paix entamé avec l’ETA.

Ce processus de paix, le dernier en date, a débuté officiellement en mars 2006, tandis que l’ETA acceptait de déposer les armes et que le gouvernement de Zapatero s’engageait à revoir le cas des prisonniers politiques. Le président espagnol précisait que ces pourparlers de paix ne porteraient pas sur les questions politiques (c’est-à-dire sur l’indépendance de Euskal Herria). En effet, ils porteraient plutôt sur la négociation avec l’ETA de la fin de la violence contre un processus d’amnistie. En Euskal Herria (pays basque en langue euskara), la majorité de la population appuyait ce processus et y voyait un pas positif vers l’autodétermination.

Atteinte à la liberté d’expression

Mais l’engagement de Zapatero n’a pas modifié le climat de répression prévalant en Euskal Herria. Les arrestations arbitraires, les intimidations provenant des forces de l’ordre, les atteintes à la liberté d’expression et la répression envers la population basque n’ont pas cessé pour autant.

Le cas d’Iñaki de Juana est exemplaire. Cet homme, autrefois membre de l’ETA, condamné à une peine de 17 ans de prison devant se terminer en 2003, attendait encore sa libération en 2004 lorsque le Ministre de la justice espagnol dévoile qu’on allait lui trouver « de nouvelles imputations » afin d’éviter qu’il recouvre la liberté.

Pour attirer l’attention sur son cas, de Juana utilisait alors un des seuls moyens à sa disposition : il signe deux lettres publiées dans Gara. Résultat : il fait face à de nouvelles accusations et en novembre 2006, l’Audiencia Nacional espagnole le condamne à douze ans et sept mois pour « délit de menace ». Le tribunal considère que les articles d’opinion du prisonnier contiennent « des menaces et des signalements d’objectif à ETA » . Dans ce jugement, non seulement a-t-on tranché le cas d’Iñaki de Juana, mais aussi, on a redéfini les frontières de la liberté d’expression et d’idéologie au sein de l’État espagnol.

Suite à ce jugement, Iñaki de Juana entame sa seconde grève de la faim (la première, quelques mois plus tôt aura duré 63 jours). Au moment d’écrire ces lignes, il complétait 71 jours sans s’alimenter mais recevait une alimentation forcée, par voie intraveineuse. Lors d’une entrevue en novembre avec le Comité de Solidarité avec le Peuple Basque, il affirmait que la grève de la faim constitue désormais sa seule arme contre la prison à vie. Il ajoutait que sa condamnation représente une jurisprudence inimaginable contre la liberté d’expression, particulièrement celle des prisonniers politiques.

Arrestation d’un journaliste français

Au pays basque, le cas d’Iñaki de Juana a contribué à attiser la méfiance envers les bonnes paroles du gouvernement de Zapatero. La population dénonce alors une politique à double face du gouvernement espagnol. Dans les canaux officiels, on prône le dialogue alors que dans les faits on poursuit la répression. À nouveau, cette répression s’est manifestée le 8 janvier dernier lors de l’arrestation et de la torture d’un journaliste français de Radio txalaparta, membre d’une délégation d’observateurs internationaux.

Alors qu’ils se rendent à une manifestation à San Sebastian au pays basque, les membres de la délégation se voient dans l’obligation de quitter leur véhicule lors d’un contrôle routier de la Guardia Civil (police espagnole). C’est à ce moment que des policiers auraient trouvé un exemplaire de Zutube, une revue publiée par l’ETA, dans le sac-à-dos de Sébastien Bédouret. Celui-ci est arrêté puis torturé, avant d’être transféré à un centre de détention à Madrid, où il se trouve encore , accusé de « collaboration avec bande armée ». Les compagnons de voyage du journaliste croient que la revue aurait été déposée là par les policiers. Quoi qu’il en soit, la possession de cette revue ne justifie en rien le lien qui a été fait entre Bédouret et l’organisation armée. Il s’agit clairement d’une manipulation politique et de musellement d’une presse libre et indépendante.

Répression politique

Bien avant l’attentat du 30 décembre dernier, le processus de paix était grandement fragilisé par la double attitude des autorités espagnoles et la poursuite des actes de répression au pays basque. Cette criminalisation s’inscrit et trouve sa justification dans une amplification exagérée de la définition de ce qu’est un délit associé au terrorisme. Sur ce point, l’Espagne, comme bien d’autres États, sort des limites du raisonnable.

En Euskal Herria, le climat répressif, qui inclut la torture des prisonniers politiques, a grandement participé à l’insatisfaction des basques envers l’État espagnol et donné des munitions aux branches plus radicales du mouvement nationaliste. Ils demeurent nombreux en Euskal Herria à revendiquer la paix et une solution pacifique au conflit mais ils exigent aussi que le terrorisme d’État cesse au pays basque.

Mariejo Béliveau



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