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Dieu vous aime et moi j’empoche

8 septembre, ouverture du congrès du NPD à Québec. La tivi retransmet l’ouverture. Qui voit-on ? Jack Layton et sa gang chanter l’hymne canadien en compagnie du « petit Jérémy ». Ouache ! Décidément, il est partout, ce petit. Bon, il est atteint d’une maladie rare, il a du charme, il est pas con. Mais maudit, on es-tu écoeuré de lui voir la face ! Y’en a marre ! Mais pourquoi est-ce qu’on le voit partout, nom de d’Zeus ?

C’est une tradition que d’essayer de réaliser les rêves des enfants malades et mourants. On nous a présenté Jérémy comme cela. En fait, la fondation Rêve d’enfant a permis à la famille de visiter Disney World. Point. Il a voulu ensuite chanter avec Cééééline. Ça été fait, après que sa mère ait harcelé un ami de Angelil. Il voulait aussi chanter pour le pape. TVA lui a arrangé ça en payant tous les frais (but implicite, mousser l’arrivée d’un nouveau journaleux-vedette. TVA se crisse de Jérémy, tant que ça rapporte). Mais qui lui a mis tous ces rêves et désirs de grandeur dans la tête ?

Le petit Jérémy, pas con, sait bien qu’il n’est pas comme les autres, qu’il est malade, différent. On a dû se moquer de lui. Il est en manque de reconnaissance. C’est normal, dans sa situation. Et c’est facile pour des adultes de mettre dans la tête d’un petit homme des idées de grandeur. Sa mère, qui n’a pas du l’avoir facile à s’occuper de lui, le dit elle-même : « Ça fait presque trois ans que je travaille pour ça... » [...] Elle s’est mis dans la tête que Jérémy allait chanter au Centre Bell. « Aimerais-tu ça ? » Il a dit oui. « Là, je téléphone, et ç’a marché. » » (Le Soleil, 30-5-2006). Le chat sort facilement du sac : « Il a fallu que je m’approprie les rêves de Jérémy pour être capable de les exaucer. Il m’a fait part de ses rêves et moi, j’ai rêvé avec lui. Et à deux, on est encore meilleur. » (La Presse, 30-5-2006).

Ça devient évident que maman réalise ses propres rêves en les projetant sur son fils. Ça serait pas si grave si ça ne devenait pas hénaurme. Après le pape, voilà un album et une tournée de spectacles. Sa mère le pitche dans les bras des cathos : il chante à Évangélisation 2000, un show de télé-évangéliste. Le producteur-animateur, S. Charron, a deux émissions à TVA, quelle coïncidence ! Et c’est lors de ce gros show catho que Jérémy a rencontré le curé Jolicoeur, de Sherbrooke, qui le décrit comme « un prophète » qui offre « sa différence pour le bonheur des autres » ! (La Tribune, 10-7-2006). Et le compositeur de chansons sur son album est copain-copain avec Évangélisation 2000 (La Presse, 30-5-2006). Coïncidences ou acte de Dieu ? Le petit ne comprend sûrement rien à tous les enjeux de la religion, il ne voit pas qu’on se sert de lui, il fait juste tripper fort : il est populaire, il voyage, on s’intéresse à lui.

Maintenant, pour gérer sa « popularité » et sa « carrière », sa mère l’a mis entre les pattes d’un promoteur et imprésario qui ne se gêne pas pour dire des conneries : « Ce gars-là a un rêve, et nous, on a les moyens de lui permettre de le réaliser » (La Presse, 30-5-2006). « Pour l’instant, c’est très important que tout soit fait dans son intérêt à lui », rajoute-t-il sans rire (La Voix de l’Est, 3-6-2006). Ah wouin ? Et les profits ? À la tivi de Radio-Canada, le chroniqueur « culturel » interview Jérémy : « que vas-tu faire de tout cet argent, que souhaites-tu ? », et le petit de répondre : « je ne sais pas. C’est mon agent qui s’occupe de cela ». (Téléjournal, 30-5-2006) C’est-tu assez clair ? Non ? « le promoteur admet [...] que la proportion est la suivante : un tiers pour Jérémy, qu’il pourra toucher à sa majorité, un tiers pour sa mère, le reste pour lui et ses amis [...] (Le Soleil, 30-5-2006). Mais « ce n’est pas une question d’argent, c’est une question d’amour », assure sa mère. Faut croire que, dans sa vision de catho exaltée(1), l’amour est ben plus facile les poches pleines de cash...

Marco Silvestro

silvestro@no-log.org

(1) La mère se décrit comme une croyante, c’est elle qui a écrit les paroles de plusieurs des chansons de son fils, elle ne cesse de parler avec un vocabulaire chrétien et elle raconte comme suit sa rencontre avec le pape : « La seule chose qui a changé, c’est notre intérieur, parce qu’on a vu quelqu’un d’extraordinaire, un être suprême (Benoît XVI). Pour nous, cet homme-là, c’est la perfection même. Le pape, vous ne pouvez pas imaginer à quel point il est beau, ce que ça peut nous faire quand on le regarde dans les yeux. » (Le Soleil, 16-5-2006).



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