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LA HONTE DE LA DROITE

« C’est dans le regard des gens de droite qu’on s’aperçoit qu’on est de gauche. » - Guy Bedos

Même si je suis bien conscient qu’il faudra, pour que les Québécois finissent par maîtriser un jour leur destin, ratisser large sur le plan idéologique, tous les votes étant comptabilisés, il n’empêche qu’il m’arrive de ressentir quelque honte à entendre et à lire la production de certains indépendantistes. *

À cet égard, Mathieu Bock-Côté, éternel étudiant à quelque chose, remporte la palme.

Immanquablement, le gars réussit à provoquer chez moi une crise d’urticaire. Et il n’est pas étonnant que La Presse d’André Pratte lui ouvre si gentiment ses pages car dans son rôle d’épouvantail, il ne manque pas de faire passer les indépendantistes pour une bande de rastaquouères.

Non pas qu’il ait tout faux, le Bock-Côté. Sa critique du multiculturalisme est juste à mon avis, comme en témoigne a contrario une réplique à lui adressée par une trudeauiste attardée de service, Geneviève Nootens, dans Le Devoir du 14 mars dernier.

Mais cette manie, pour ne pas dire cette obsession, d’occuper depuis une dizaine d’années toutes les tribunes pour s’afficher à droite et pourfendre, dans la foulée, tout ce qui est de gauche, est en passe de devenir une maladie incurable. Il y a quelques jours encore, on le retrouvait chez Bazzo à Télé-Québec. Un histrion qui fait l’affaire du système, en sorte.

Dans un article publié le 8 octobre 1998 dans La Presse, Bock-Côté, sous le titre Le droit de respirer à droite, écrit que le Québec serait l’un des seuls endroits en Occident « à ne pas disposer d’une droite forte et enracinée dans la culture nationale ». Selon lui, « des mots tels que marché, élite, ordre, sécurité et valeurs morales ne sont plus acceptés ». Il termine son article par un cri du cœur : « Je suis de droite. Et je réclame le droit de l’affirmer sans me faire traiter de fasciste, d’ultralibéral. »

Fort bien. Ce n’est pas une question de droit, bien sûr. Quoique... Deux mois plus tôt, toujours en 1998, analysant la situation politique en France, Bock-Côté avait souhaité « la coopération, et peut-être même l’union entre le Front National et la droite classique », rejetant « l’idée plutôt saugrenue selon laquelle le Front National ne serait qu’un parti d’extrême droite fascisant. » Ouais ! S’il n’avait persisté et signé depuis, on aurait pu mettre au compte d’une certaine jeunesse ce genre de dérapage. Sauf que...

Quelques années plus tard, c’est le Cercle Raymond-Aron qu’il fonde, disant « s’inspirer de la lutte aronienne contre le socialisme de son temps pour défendre les institutions de la démocratie libérale menacée par la montée de la nouvelle gauche québécoise ».

Dans un texte publié dans Vigile en avril dernier, il fustigeait le Conseil de la souveraineté, disant qu’« une faction minoritaire du mouvement faisait tout pour lier socialisme et indépendance. » Il s’en prenait au manuel publié à l’intention des enseignants par le Conseil : « Il n’est pas interdit de penser que la présentation, dans ce manuel, d’un futur Québec souverain pacifiste, altermondialiste, écologiste, égalitaire et ce qu’on voudra relève de cette même perspective utopique qui veut faire rêver d’une société complètement neuve dont l’indépendance devrait nous faire la promesse. »

Sa hantise demeure la gauche. Tout pour que sa voix ne soit pas entendue. C’est la raison principale de son opposition à une réforme électorale qui amènerait des éléments de proportionnelle. « Avant d’être démocratique, a-t-il écrit en avril 2005, un gouvernement doit être capable de gouverner. En ce sens, les institutions politiques doivent toujours être commandées par une saine conscience de l’autorité avant de s’engager dans une forme particulière de régime politique. »

La dernière trouvaille de Bock-Côté, encore une fois accueillie à page ouverte dans La Presse du 9 août : « Ce n’est pas malgré son conservatisme qu’Harper est parvenu à gagner la sympathie des Québécois, mais grâce à lui. »

Bien sûr, la gauche n’est pas immaculée. Et je pense avec l’humoriste Guy Bedos que c’est parfois difficile d’être de gauche, surtout si on n’est pas de droite... Mais pourtant, quand on pense ne serait ce qu’un instant à ce que l’humanité doit à la droite en matière d’exploitation, de misère, de domination, d’injustice et quoi encore, comment comprendre qu’on puisse se faire une gloire de s’en réclamer ? Guy Bedos, encore : « C’est dans le regard des gens de droite qu’on s’aperçoit qu’on est de gauche. »

* Me les cassent aussi certains faiseux qui font profession de mondialistes autoproclamés tout en fermant les yeux sur le rôle proprement impérialiste joué par le Canada, semblant préférer cette domination coloniale au risque assumé de nous déterminer nous-mêmes au Québec, État y compris.

Michel Rioux



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